Say Tomorrow

Fabrice Mercier

Dirigeant Inwicast (Rapidmooc)

Cette semaine, nous avons rencontré Fabrice Mercier, le dirigeant d'Inwicast, une société d'édition spécialisée dans les studios d'enregistrement vidéo autonomes ("vidéomaton"). Commercialisées sous le nom de Rapidmooc, ces bornes à destination des entreprises ou des universités permettent à leurs utilisateurs d'auto-produire des vidéos de qualité professionnelle à moindre coût. Inwicast emploie aujourd'hui près de 15 collaborateurs et se développe à l'international.

Fabrice Mercier

Bonjour Fabrice, peux-tu nous présenter rapidement ton activité ?

J’ai créé Inwicast, une société d’édition logicielle, il y a 12 ans. L’activité première de l’entreprise était la mise à disposition de solutions dédiées aux universités pour capter et diffuser des cours en ligne. Nous étions en position de leadership sur ce marché, mais face à une pression concurrentielle de plus en plus importante, nous avons décidé de lancer il y a 3 ans un nouveau produit, Rapidmooc. 
Dans le cadre de la transformation numérique des organisations, nous avions identifié un nouveau besoin : celui de produire du contenu vidéo de qualité en grande quantité. Rapidmooc permet de répondre à ce besoin en fournissant aux entreprises et aux universités une borne interactive fonctionnant comme un véritable studio vidéo clé-en-main. Elle leur permet de produire des vidéos de qualité professionnelle à moindre coût.
 
Rapidmooc a su rapidement séduire de nombreux groupes du CAC 40 (EDF, Thalès, Carrefour, Framatome, L’Oréal…) et connaît depuis sa création un développement continu. Notre connaissance des besoins spécifiques de l’enseignement supérieur nous a également permis d’adapter la solution à ce marché et de continuer à travailler avec de prestigieuses universités et écoles de management (La Sorbonne, Science Po, Université d’Oxford, Polytechnique, EDHEC, ESCP, Saint-Gall, Skema…).
 
Aujourd’hui, nous sommes dans une phase d’expansion à l’international avec des bureaux commerciaux en Allemagne, au Royaume-Uni, en Suisse ou encore aux Etats-Unis. Dans la plupart des cas, nous avons recruté des natifs de chaque pays. Je crois beaucoup au fait d’investir sur des équipes locales pour pénétrer des marchés étrangers. Les différences culturelles sont parfois surprenantes et déroutantes, même avec des pays proches !

À quoi ressemble ton quotidien ?

Comme tout dirigeant, il n’existe pas de journée type. J’essaie d’alterner entre ce que j’aime faire et ce que je suis obligé de faire ! Ce que j’aime, c’est pouvoir consacrer du temps à l’innovation. Mais au quotidien, je dois aussi assurer la direction de l’entreprise. Je dois souvent reprioriser mes activités dans la journée pour résoudre des problèmes.

Heureusement, je ne suis pas seul et je peux m’appuyer sur une équipe compétente afin de m’aider dans cette tâche. J’essaie de déléguer au maximum. Mon rôle est surtout d’apporter la vision à 3 ans. Pour le reste, je me place en support de mes équipes si elles ont besoin de moi pour signer des contrats, faire du support technique, intervenir dans des discussions commerciales ou marketing…

J’essaie aussi de garder un lien fort avec mes clients clés pour identifier les nouveaux besoins et comprendre les décalages des attentes d’un marché à l’autre. 

Quelle est la plus grande erreur que tu aies commise en tant que dirigeant ?

Ma plus grande erreur, je l’ai commise sur ma précédente structure : j’avais créé un produit qui était trop en avance par rapport à l’état du marché. J’avais finalisé un mémoire d’ingénieur à l’Ecole Centrale de Lyon sur la dynamisation des événements en utilisant les nouvelles technologies et j’avais développé à l’époque une application de messagerie et de vote via SMS, Wifi et Bluetooth J’ai compris assez rapidement que j’étais arrivé un peu trop tôt sur le marché ! Par exemple, les universités étaient intéressées par la solution mais ne souhaitaient pas déployer une application qui, selon le forfait mobile, n’était pas accessible à tous les étudiants… Quelques années après, l’iPhone et les forfaits illimités sont apparus sur le marché et de nombreuses sociétés ont connu de beaux succès en proposant des quizz, sondages… pour animer les événements. Mais je n’ai aucun regret car l’échec est formateur et sans celui-ci, je n’aurais pas créé Inwicast !

Et ta plus grande réussite ?

Je suis particulièrement fier d’avoir créé une solution qui permet à des personnes d’améliorer leur communication orale face à la caméra. En effet, le principe de Rapidmooc, c’est de pouvoir s’enregistrer en toute autonomie, sans la présence d’intervenants extérieurs. Ainsi, les utilisateurs sont plus à l’aise. Ils peuvent constater en temps réel le rendu de leur intervention et s’auto-corriger. Nous recevons régulièrement des témoignages d’utilisateurs qui se pensaient “nuls en communication” et qui ont, avec Rapidmooc, eu l’opportunité de révéler des talents insoupçonnés. C’est l’une des grande fierté de l’aventure Rapidmooc !

 

Comment te prépares-tu à l’avenir ? As-tu élaboré une stratégie ? Est-elle matérialisée par un plan d’actions ?

Par rapport à notre vision à 3 ans, nous essayons de déterminer collectivement des axes stratégiques. Mais nous avons encore du mal à les transformer en plans d’actions concrets ou à les matérialiser sous forme de business plan. L’opérationnel guide encore trop notre quotidien et nous essayons de suivre le rythme qui nous est imposé par le marché ! Dans notre métier, nous devons également faire face à des évolutions technologiques ou concurrentielles auxquelles il faut être capable de répondre rapidement et qui peuvent bousculer les plans établis.

Néanmoins nous avons beaucoup progressé depuis deux ans, avec la mise en place d’un ERP, la refonte de notre identité visuelle, un nouveau site web, etc. Mais le développement soutenu que nous connaissons nous empêche de consacrer autant de temps que souhaité à la structuration de l’entreprise. Nous devons faire face à un problème de croissance qui mobilise toutes nos ressources. Paradoxalement, l’année Covid nous a fait du bien. Nous avons eu plus de temps et en avons profité pour structurer notre organisation interne, l’innovation, le marketing…

Parmi nos priorités : le développement de la notoriété, de la prospection commerciale vers de nouvelles cibles comme les PME, l’amélioration de notre communication sur les réseaux sociaux, le développement de nouveaux produits et services (des formations avec le Customer Program Success, des templates de contenus pour nos vidéos, un club d’utilisateurs…) et bien sûr le développement à l’international. Par ailleurs, nous menons actuellement un audit sur la partie commerciale afin d’améliorer la structuration des équipes et des processus et prévoyons une embauche pour renforcer ce pôle.

Comment tes collaborateurs contribuent-ils à la mise en oeuvre de la vision stratégique du groupe ? Et comment cela s’intègre t-il dans ton management ?

Cette année, nous avons initié des réunions hebdomadaires sur la partie marketing et la partie commerciale. Toutes ces réunions se font dorénavant en anglais afin d’inclure l’ensemble de l’équipe. Le télétravail nous a obligé à repenser notre communication interne. Avant, nous avions beaucoup de déperdition dans les communications. Formaliser ces réunions nous a permis de ressouder les équipes et d’améliorer la transmission des informations. Ces réunions nous permettent de partager la roadmap à court terme mais aussi d’aborder la stratégie à plus long terme. 
 
Nous avons aussi mis en place des rendez-vous plus informels comme les e-cafés qui nous permettent de nous retrouver autour de temps de partage sur des sujets plus personnels. 

 

Comment fais tu pour rester en lien avec ton marché et les nouvelles attentes de tes clients ?

Il y a un évidemment un travail collectif de veille technologique et d’innovation produit. Pour le reste, nous nous basons essentiellement sur l’écoute de nos clients. Nous essayons de fidéliser et de mettre en valeur nos clients  stratégiques qui sont une source d’information précieuse sur les nouvelles attentes des utilisateurs

Nous nous appuyons sur un groupe d’early adopters, afin d’imaginer le futur et de valider nos orientations stratégiques. 

Mais il y a parfois des trous dans la raquette ! Ainsi, au hasard d’une demande de support technique il y a moins de deux ans, nous avons réalisé qu’un client  (NDLR : BNP Paribas) avait exploité sa solution Rapidmooc de façon inédite et avec un grand succès sans que nous en soyons informés. Ça a été une révélation qui nous a amené à mieux formaliser les réussites des clients, notamment via des études de cas et des vidéos que nous pouvons ensuite partager à d’autres. 

Depuis, nous nous attachons à conserver un lien avec chacun d’entre eux pour mieux comprendre les usages, avoir des retours plus précis sur les gains de productivité et mieux anticiper les éventuelles difficultés de déploiement. Notre service Customer Success Program vise également à nous assurer que nos clients disposent de toutes les informations pour tirer le meilleur de leur studio Rapidmooc.

 

Quelle est l’action marketing ou commerciale qui t’a permis de franchir un cap et pourquoi ?

Ce qui nous a permis de franchir un cap, c’est d’exploiter les réseaux de nos clients et leurs recommandations auprès de leurs pairs. Tout a commencé avec EDF. Les grands groupes forment de petites communautés au sein desquelles le bouche-à-oreille fonctionne très bien. En faisant visiter leurs studios Rapidmooc de Saclay à d’autres entreprises, EDF nous a ouvert les portes de nombreux grands comptes.  
 
Nous avons compris à ce moment-là l’importance de fidéliser nos clients et de les transformer en évangélisateurs. C’est d’ailleurs la stratégie que nous employons pour conquérir de nouveaux pays. Nous travaillons à créer un microcosme de relations privilégiées avec nos clients, basées sur la satisfaction, la confiance et l’adhésion à notre aventure.
 
 

Selon toi, à quoi ressemblera le futur des entreprises ?

C’est une question difficile. Je pense que nous allons vivre de grandes transformations, bonnes et mauvaises, c’est évident. Cela va impacter la manière de manager. La crise du COVID a mis en lumière les dysfonctionnements des anciens systèmes en termes d’organisation, de communication et de pratiques managériales.
 
En ce qui nous concerne, je ne souhaite pas que nous revenions en arrière. Cette année m’a fait énormément évoluer. Tout d’abord, sur le télétravail et sur les gains importants en termes de qualité de vie que sa mise en place peut entraîner. J’ai réalisé que j’avais passé 20 ans à perdre du temps dans les transports sans que ce soit indispensable. Je crois qu’il est temps de mieux rééquilibrer les vies professionnelles et personnelles.
 
J’espère aussi que nous nous dirigeons vers des entreprises plus humaines, plus axées sur l’écoute de leurs salariés. Nous risquons dans les prochains mois de devoir faire face à un important choc social. Les valeurs humaines seront plus importantes que jamais. Il faut trouver de nouveaux modèles managériaux qui permettent de faire avancer les choses, de trancher et de décider, tout en laissant la place nécessaire aux talents de l’entreprise pour s’exprimer. Ecouter ses collaborateurs, ce n’est jamais du temps de perdu, même dans une période très chargée. Je crois que c’est l’une des choses les plus importantes que cette année m’a enseigné. J’ai fondamentalement remis en question mon rapport au temps et ma gestion managériale.
 
 

Si tu devais donner un seul conseil à un dirigeant de TPE/PME, quel serait-il ?

C’est le conseil d’un ancien patron que j’ai toujours suivi : il est primordial de bien dissocier son patrimoine personnel et professionnel afin de ne pas s’exposer financièrement. Il y a trop souvent fusion entre l’entrepreneur et son entreprise. La séparation claire entre les patrimoines est un préalable à une gestion saine et à une vie plus équilibrée ! 
 

En particulier, en cas de prêt bancaire professionnel, je recommande de ne pas laisser de caution personnelle. Il est toujours possible de négocier avec son établissement bancaire et, le cas échéant, de refuser de s’engager à titre personnel. Les banquiers ne sont pas des investisseurs. S’ils ne suivent pas un projet sans demander une caution, il est préférable de se poser les bonnes questions ou de se tourner vers une autre forme de financement.

Je pense qu’il faut savoir capter les signaux faibles et prendre conscience des chemins sans issus. Rester lucide pour ne pas s’exposer et mettre en difficulté sa famille. C’est un peu contradictoire avec le rôle de l’entrepreneur dont la motivation doit être à toutes épreuves. Mais la persévérance ne doit pas se transformer en obstination.

Ce conseil permet de garder un certain détachement et un équilibre. C’est également une forme d’éthique en termes de gestion d’entreprise. Une entreprise est avant tout une aventure collective dans laquelle chacun doit trouver des bénéfices.  

 

Et pour conclure, qu’est ce qui te donne encore l’envie de te lever le matin ?

Je dirais que c’est l’envie d’ouvrir de nouveaux territoires. La COVID nous a prouvé cette année qu’il était même possible de gérer cette expansion à distance : nous exportons deux fois plus que l’année dernière ! 

Faire rayonner le savoir-faire français dans d’autres pays, auprès d’institutions et d’entreprises prestigieuses, c’est valorisant. Il y a un petit côté cocorico (rires) : nous sommes en compétition avec d’autres acteurs de classe mondiale sur leur propre terrain  et nous arrivons à imposer nos solutions, c’est vraiment motivant. Je crois que c’est ce qui me donne envie de me lever le matin !

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